De la haie à la construction bois – Retour sur un chantier de valorisation du bois des haies agricoles

Posté le 12 janvier 2026 par Lene Kollmorgen | Actualité

Un pas vers la gestion d’un existant et des pratiques constructives économes, conviviales et ancrées dans le territoire. 

Matthew Charlton mène  un projet de reconversion agricole depuis 8 ans. Son installation se concrétise en 2023 quand il reprend la cressonnière de Montmirault à Cerny (91).

Ses bassins étaient bordés au nord par une haie de Thuyas et de Chamaecyparis et à l’est par des lauriers-cerises et des Chamaecyparis  plantés en 1970 . Malgré leur effet brise-vent bénéfique au cresson, ces structures dépérissantes devenaient encombrantes et risquaient d’engendrer des conflits avec le voisinage. Il convenait alors d’intervenir pour les transformer. Pour permettre ces opérations, réalisées par Olivier Jacqmin, paysagiste arboriculteur, Matthew a été accompagné par l’association Agrof’île et financé par le PNR du Gâtinais Français et les fonds LEADER.

« De l’arbre aux ouvrages »

Les opérations conjointes de recépage des feuillus (coupe à ras-de-terre garantissant une repousse vigoureuse  au printemps), d’abattage et d’étêtage des conifères ont permis de produire du broyat (paillage naturel), des bûches, et des billes de bois d’œuvre.

Les 10 m3 de bois récoltés de Thuya (Red cedar aux Etats-Unis) et de Chamaecyparis récoltés ont permis de réaliser du mobilier d’extérieur (pergolas, bancs et tables) et de rénover la cabane vieillissante du cressonnier, symbole du site.

« Le coeur au soleil »

Un mois après le sciage, réalisé sur place par un artisan équipé d’une scie mobile, deux charpentiers de la coopérative Alter-Bâtir (Coopérative d’Activité et d’Emploi  spécialisée dans l’éco-construction) viennent renforcer l’équipe d’Olivier Jacqmin. Spécialistes du réemploi, ils dessinent les plans de la future cabane en tenant compte des sections de bois issues du sciage et en intégrant le réemploi des anciens poteaux de robinier (bois naturellement très dur et durable).

L’ensemble des tracés nécessaires aux assemblages sont reportés sur les bois depuis l’épure au sol : c’est le piquage. Après la taille de tous les éléments, les fermes sont assemblées, boulonnées puis levées à l’épaule.

Les lames de bardage non délignées sont clouées verticalement en prenant bien soin de respecter le fil naturel du bois et d’en exposer le “cœur au soleil” pour garantir l’étanchéité malgré les déformations inévitables qui surviendront au cours du séchage du bois.

« Vers un renouveau de l’usage paysan des bois»

Au cours du chantier, une journée technique organisée par Agrof’île a réuni architectes, porteur·euses de projets, forestier·ères autour de l’enjeu de la construction en bois local issu des haies et a apporté des éléments techniques sur la mise en place de tels travaux afin d’inspirer des projets de ce type.

On pourra retenir que les haies offrent une riche et précieuse diversité de ressources en bois divers. Très souvent, les essences exotiques ont des qualités constructives remarquables, trop souvent ignorées. Il apparaît aujourd’hui nécessaire de faire la promotion de ces pratiques et de consolider localement un réseau d’artisans capables de les mettre en œuvre.

Un film qui complète cette journée technique et documente l’ensemble du chantier, sera tout prochainement à visionner sur la chaîne Youtube d’Agrof’île.

Récolte de la haie nord – photo Baptiste Busquet

 

Pose de la couverture et du bardage