Résumé de journée technique – Recépage et autres pratiques pour la gestion durable et la valorisation des haies

Posté le 17 décembre 2025 par Lene Kollmorgen | Actualité, Journées techniques

Agrof’île a accueilli, le 12 décembre 2025, 28 participants pour une journée technique axée sur les pratiques de gestion durable et la valorisation des haies. Cet événement s’est déroulé sur le terrain d’exploitation du lycée agricole du Campus Bougainville à Brie-Comte-Robert, dédié à la production céréalière et viande bovine et porcine, maraîchage et apiculture.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan d’action Terre et Eau 2025, visant à protéger les ressources en eau de la basse vallée de l’Yerres et de la fosse de Melun. Le parcellaire de la ferme jouxte l’Yerres et son affluent, la Brabançonne. En salle, une présentation introductive a permis de rappeler les multiples services rendus par la haie, notamment pour la qualité de l’eau, et les enjeux liés à leur gestion et à la valorisation des bois issus des travaux d’entretien pour la bonne acceptabilité et pérennité des haies agricoles. 

La journée a été animée par Olivier Jacqmin, jardinier-paysagiste-sylviculteur et formateur. Il a guidé les participants dans la lecture du paysage, l’observation et la description des différents types de haies, ainsi que dans l’identification des essences champêtres, tout en abordant leurs spécificités en matière de gestion.

À travers un itinéraire jalonné de stations pédagogiques — haies arbustives, ripisylve, alignements de robiniers, jeune haie plantée, haie spontanée, — les participants ont découvert des techniques paysannes traditionnelles : Le recépage, l’émondage, le plessage, et les principes de la taille de formation, en vue d’une valorisation ultérieure d’un tronc en bois d’œuvre.

Le recépage est une coupe d’arbres et d’arbustes au ras du sol, effectuée en automne/hiver (période de repos végétatif). L’objectif était de favoriser la formation de rejets depuis la souche  (une cépée) dès le printemps suivant et de développer de nouveaux systèmes racinaires. Un recépage de rajeunissement a été réalisé sur une haie ancienne, venue spontanément dans un fossé de drainage situé en bordure de prairie. Le recépage de la haie a été déclenché par la volonté du directeur d’exploitation de refaire la clôture et du fait du vieillissement de la structure (troncs morts, branches partant à l’horizontal pour chercher la lumière). Le groupe a observé le résultat de la mise en œuvre pratique : 

  • La coupe des branches a été assurée par des apprenants en bûcheronnage du CFPPA, le 12 novembre 2025, sur 80 mètres linéaires. 
  • Deux classes de seconde et première en bac agricole ont participé, le 5 décembre 2025, au tri du bois : les sections de diamètre supérieures à 7 cm ont été mises de côté pour un usage de bois de chauffage. Les rémanents ont été disposés en andains sur les souches, formant une haie sèche. Cette méthode vise à maintenir le sol couvert et de permettre aux rejets de pousser à travers les branchages en évitant l’abroutissement par la faune herbivore.

Le trognage est une pratique historiquement utilisée pour effectuer une coupe à intervalle régulier pour former une ‘tête’ à une hauteur hors de la portée des animaux. Ces arbres têtards servaient également autrefois comme bornes pour marquer les limites cadastrales. Sur ce chantier, des troncs d’aubépines ont été coupés en têtard à 1,50 mètre de hauteur.), L’éclaircissage sert à distancer des arbres pour la production de bois d’œuvre. 

L’émondage consiste à récolter les branches d’un tronc, pour concilier production de bois de chauffage et de bois d’œuvre. Un noyer a fait l’objet d’une remontée de couronnes pour augmenter la longueur de tronc pour le sciage à terme. 

Le bois récolté par ces techniques peut-être valorisé sous différentes formes :

  • Bois de chauffage, en bûches ou en fagots
  • Bois de service (piquets, poteaux),
  • Bois d’œuvre
  • Utilisé en vannerie pour les saules têtards, et certaines autres espèces

Andain de branches déposées sur les souches recépées pour former une haie sèche, maintenue par les piquets de la clôture.

Un arrêt a été marqué devant les parcours d’élevage de porcs en plein air. Des robiniers faux-acacia ont été plantés il y a 3 ans tout autour des parcs pour faire de l’ombre, et envisager une production de piquets de clôture, car cette essence est imputrescible et très durable en extérieur. Il a été rappelé la difficulté de conduire des robiniers à cette fin en contexte de plein soleil. La croissance est très rapide, avec de nombreuses ramifications qui compromettent l’utilisation en piquets. La production de perches, piquets ou troncs de robinier, généralement conduite en taillis forestier dense, demande un effort considérable de taille dans un contexte de plein soleil, et se fait donc à temps perdu (pas d’intérêt économique). 

Les principes de la taille de formation ont été montrés sur un noyer isolé en partant du haut et en coupant pas plus que 20 % des branches dans l’objectif de garder le potentiel de croissance de l’arbre et de conduire une tige nette de nœuds pour permettre une valorisation en bois d’œuvre. Ce noyer, probablement issu de semis spontané suite à l’abandon d’une noix par une corneille) se trouvait dans une jeune haie plantée le long du chemin.

Partage de principes de la taille de formation sur l’exemple d’un jeune noyer.

Le plessage représente une technique traditionnelle de taille de jeunes arbres pour créer une clôture végétale vivante. Elle consiste à effectuer un entaille longitudinale du tronc proche du sol, de plier cette branche à l’horizontale en maintenant une bande d’écorce rattachée à la souche (la charnière) et en entrelaçant les rameaux autour de pieux. Sur cette vidéo, un exemple de plessage d’une haie sur une ferme anglaise en 1942.

Démonstration de plessage : branche incisée près du sol, pliée et tressée autour de pieux pour former une clôture végétale vivante.

La journée s’est terminée par l’observation des espèces de lisière formant une ripisylve (une haie le long du cours d’eau) de la Brabançonne où de nombreux arbres (peuplier tremble, érable sycomore, charme et merisier) ont poussé prés et à travers la clôture. Cette station a permis d’évoquer l’intérêt de la planification des travaux de taillis : à ce jour, l’exploitant intervient quand un arbre s’écroule dans la parcelle – jamais au bon moment – en arrachant la clôture. Des interventions planifiées, secteur par secteur, année après année, permettraient de passer d’une logique de réparation (coûteuse en temps et matériel) à une logique d’anticipation et de récolte de bois.

La ripisylve de la Brabançonne témoigne des arbres et arbustes entravés dans la clôture.