9 juin 2026 – Retour sur une visite de plateforme : valoriser les haies en bois énergie sur le territoire du Gâtinais français
Dans le cadre de son projet soutenu par l’ADEME sur les filières de valorisation des bois agricoles, Agrof’île organisait le 9 juin une visite autour du bois énergie sur le territoire du PNR du Gâtinais français.
Rassemblant agriculteurs, partenaires techniques et institutionnels, cette visite fut l’occasion de constater ensemble les potentialités et les freins existant à la mise en place d’une filière bois-énergie sur le territoire.
Nous avons dans un premier temps pu échanger au pied d’une haie assez typique de celles du territoire : peu entretenue, riche en essences, et qui tend à se creuser en sous-étage, et à « avancer » vers les parcelles. La pratique du recépage a été présentée comme technique de gestion adaptée à une récolte du bois, sur des cycles réguliers et de manière durable pour la haie, tout en stimulant sa croissance dans le jeune âge. En choisissant de laisser la haie prendre sa place et de n’intervenir que pour la récolter à chaque rotation du taillis (entre 10 et 15 ans), le gestionnaire limite ses coûts d’entretien mais garde le contrôle sur le gabarit et
l’emprise de la haie, tout en récoltant du bois qu’il pourra éventuellement valoriser au sein des filières biomasse existantes.


Quelques chiffres sur les haies du territoire relevées :
● 343 km de haies au total ; 72 km de haies relevées dans notre étude (échantillon de 20%)
● à 45% celles-ci sont multi stratifiées (plusieurs étages de végétation : arbustes, arbres, hauts-jets)
● à 60% ces haies sont simplement gérées latéralement par épareuse (90%) : cette gestion coûte (21€ par an pour 100 m sur deux faces) et ne récolte pas
● <1% seulement sont gérées par recépages réguliers (voir plus haut)
Concernant leur valorisation, en fonction du diamètre moyen des arbres et de la densité de la haie, sont attribués des potentiels de valorisation à chaque haie relevée. Par extrapolation sur le reste du territoire, l’étude permet de préciser ainsi les longueurs de haies avec les potentiels suivants :
○ bois plaquette (216 km – 62%)
○ bois bûche (150 km – 43%)
○ bois d’oeuvre (77,5 km – 22%)
Ensuite la visite de la plateforme de compostage Compost du Gâtinais nous a permis de connaître les besoins des professionnels de cette filière, leurs attentes en termes de qualité de produit et volumes. Un critère important à retenir est le diamètre des bois nécessaires pour alimenter correctement le broyeur : 20 cm minimum. Le gérant de la plateforme Compost du Gâtinais, M. Lachenait a fait remarquer que le bois des haies pouvait se démarquer par sa bonne propreté s’il est prélevé puis amené sur la plateforme directement. Contrairement aux bois des routes ou déchets verts, il y a peu d’éléments étrangers qui risqueraient d’endommager les couteaux du broyeur dont l’entretien est très onéreux. Il ajoute que les chaufferies de moyennes et fortes dimensions sont plus adaptées pour gérer des combustibles de qualités mélangées (avec plus de proportion de plaquettes fines) sans risque de dysfonctionnement. Dans les faits, les exploitants de ces chaufferies (Dalkia, Engie…) sont aujourd’hui plus exigeants sur leur qualité de plaquette qu’avant ce qui crée un phénomène de tension sur la ressource en réduisant certains débouchés.
Enfin, la matinée s’est achevée par la visite de la chaufferie communale de Perthes-en-Gâtinais qui alimente plusieurs bâtiments de la municipalité, pour une surface totale de 5 000m2. Accueillis par Philippe Macaigne, élu de Perthes-en-Gâtinais, celui-ci nous explique que la dépense annuelle de chauffage est de l’ordre de 10 000 € bien que celle-ci tend à baisser depuis l’isolation chaux-chanvre de l’école municipale cela correspond environ à 80 tonnes de plaquettes chaque année. Associée à la chaudière bois, une chaudière à gaz peut être utilisée en période estivale pour éviter de faire fonctionner la chaudière bois en sous-régime, ou bien en période de forte demande pour écrêter les pics de consommation. L’installation a une durée de vie supérieure à 20 ans et trouve son amortissement après 7-8 ans de chauffe.
Chargé de mission énergies renouvelables au parc et gestionnaire de la SCIC Gâtinais bois énergie, Jean-Baptiste Labreveux est susceptible d’accompagner les porteurs de projets biomasse en réalisant une pré-étude de faisabilité pour cerner au mieux les besoins et orienter vers des choix techniques adaptés.

Cet évènement a pris place dans le programme d’animation sur la valorisation du bois issu des haies, financé par l’ADEME, en partenariat avec le Parc Naturel Régional du Gâtinais français et la coopérative Valfrance, et dans le programme TETRAE METROBIO piloté par l’INRAE.

Pour plus d’informations : Sylvain Carton – sylvain.carton@agrofile.fr – 06 05 57 91 11